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Sommaire du Cahier
| Éditorial | Thierry Bouche |
| Histoire d’O, d’o et de 0 | Charles Bigelow |
| Microtypographie digitale | La liste Typo |
Éditorial, de Thierry Bouche
La notion de police de caractère date de Gutenberg. Ce sont, rangés dans une casse, les lettres de l’alphabet, les signes de ponctuation, les chiffres, auxquels on adjoint au besoin des types particuliers pour des travaux extraordinaires, des filets... Nos ordinateurs contemporains ont quelque chose d’un atelier d’imprimerie commandé par un clavier de machine à écrire. On produit finalement un message d’erreur, une page Web, du code informatique, avec les mêmes outils qu’un roman ou un cours de physique : une chaîne de caractère et des commandes de formatage font afficher les glyphes d’une police à certaines coordonnées dans un espace qui est rarement celui d’une page. Les typographes se voient alors confrontés à des défis imprévus comme la possibilité qu’une police permette à une machine de reconnaître un code alphanumérique,à un informaticien de s’y retrouver dans une liste de pointeurs abscons,voire à un utilisateur de taper un numéro de série. L’article de Chuck Bigelow qui constitue l’essentiel de cette livraison traite d’un aspect de ce problème qu’il résume ainsi : « La confusion entre le chiffre 0 et la lettre O était rare avant l’ère informatique, en partie parce que le contexte pouvait lever l’ambiguïté lettre ou chiffre. Une forme ronde au milieu d’un groupe de chiffres était très probablement le chiffre 0. Une même forme ronde parmi des lettres capitales, au début d’une phrase ou d’un nom propre, très probablement la lettre O. Mais en informatique les chaînes de symboles mélangent souvent les caractères alphabétiques et numériques et du coup le contexte ne permet plus de les distinguer. » De fait, que lit-on [*] quand on voit : io ; IO ; 10 ; l0 ; etc. ?
On peut se demander s’il est vraiment du ressort de la typographie de chercher à surmonter un problème créé de toutes pièces par l’utilisation de lettres ou de chiffres dans des contextes qui ne permettent pas de connaître leur nature. Il n’empêche que cette question permet de porter un regard affiné sur le dessin des caractères, notamment au travers d’une déambulation historique pleine de surprises. Un contrepoint est donné par une courte sélection d’extraits de discussions de la liste Typo traitant de sujets connexes souvent avec acuité, mais de façon nettement moins académique. Le dispositif de présentation de ces messages reprend celui mis au point il y a déjà plus de dix ans pour un livre d’hommage à un intervenant régulier, que l’on retrouve ici en forme [1]. On pourra par ailleurs approfondir la réflexion sur la dynamique discursive très partiellement reproduite ici en consultant l’édifiant article [2].